Omphacine, 2ᵉ partie – Redécouverte

Raphaël Colicci, La Ferme qui soigne – Oléaterre

Extrait d’une rencontre Équipage

« J’ai obtenu une huile tellement verte… qu’elle en était noire. » – Raphaël Colicci, Oléaterre

Dans cet extrait, Raphaël Colicci raconte comment une intuition a conduit à une découverte inattendue.

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Durée 🎧 3:35

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Et donc, quand j’ai vu que ces 600 premiers oliviers tenaient le coup, j’en ai planté d’autres, pour ensuite extraire au bout de quelques années.
J’ai mis une variété que plus personne ne voulait planter. Il y a une variété locale qui s’appelle l’Olivière, que plus personne ne plantait parce qu’elle ne faisait que 14 litres d’huile au 100 kg. En moyenne, les autres huiles font 18 à 20 litres au 100 kg. Mais j’avais remarqué que cet olivier ancien poussait beaucoup plus vite que les autres, qu’il résistait au gel, et qu’il alternait moins que les autres oliviers — parce qu’un olivier donne une année sur deux. Et puis, c’est un arbre du pays, un arbre adapté aux biotopes.
Alors je vous raconte cette petite histoire parce qu’il y a des gens qui viennent nous visiter du monde entier. Par exemple un milliardaire japonais, qui est fou d’oliviers — il possède l’île de Shodo, une île méditerranéenne au Japon — qui est allé partout dans le monde. Quand il est arrivé chez nous, il a dit : « C’est là que je trouve le plus de renseignements ! » – parce que nous avons fait un état des lieux sur toutes les parties de l’olivier pour qu’elles soient au service de l’homme : les feuilles, les fleurs, etc. On en a fait des alicaments, on a même utilisé l’écorce. Et donc, lui, qui a analysé toutes les huiles partout où il est allé dans le monde, a dit que celle-ci est la meilleure, et il en a demandé 100 tonnes ! Mais j’ai dit non, je l’ai plantée pour moi !
Je venais de sauver la coopérative locale qui était en faillite, et je l’ai remontée. Ça aussi, c’est un détail qui n’est pas anodin, parce que c’est parti de là, l’Omphacine.
Pourquoi je plante 520 variétés d’olives ? Pourquoi je veux sauver la biodiversité ? Parce que ce sont nos ancêtres qui les ont sélectionnés — que ce soit l’olivier, la vigne, etc. — pendant des années. Et nous, depuis l’après-guerre, nous avons rayé tout ça. Et maintenant, la plupart des fruits et des légumes n’ont plus grand-chose, comme nutriments. Les scientifiques appellent ça eux-mêmes des « aliments creux ».
On avait aussi, comme olive très caractérisée dans notre territoire, l’olive Lux, une olive de table qui est une des meilleures au monde. Elle a toujours du succès, c’est d’ailleurs la plus chère et la plus délicieuse. Elle gagne tous les concours. Malheureusement, elle a toutes ses qualités parce qu’elle est fragile : elle a une peau fragile, il faut la ramasser avec délicatesse. Donc évidemment, quand nous faisions le tri avant de la confire, nous avions entre 12 et 17 % d’écart de tri. Et moi, ça m’embêtait de jeter des olives, même si elles avaient un petit impact. Parce que, vous savez, le consommateur veut que le fruit soit parfait. Et donc, je me suis dit : comment je peux valoriser, au lieu de jeter ? Parce que ça se jetait depuis des dizaines d’années, ces écarts de tri.
Alors j’ai fait de la tapenade. Mais c’était beaucoup de manutention. Et un jour, j’ai eu l’idée d’en faire une huile, de ces olives vertes. Ça n’a pas fait beaucoup d’huile — mais ça, je le savais. Et tout le monde, quand ils m’ont vu faire l’huile, m’a dit : « Il n’y a rien qui va sortir. » Et puis, j’ai eu 3 à 4 % d’huile. Une huile tellement verte qu’elle était noire. Je me suis dit : je vais l’analyser. Et j’ai vu qu’elle avait plus de polyphénols qu’une huile normale.

Portrait de Raphaël Colicci

Raphaël Colicci est à la fois thérapeute, agriculteur, chercheur de terrain et pionnier de la biodiversité.
Depuis toujours, il avance à la croisée de deux mondes qui, chez lui, ne font qu’un : celui du soin et celui de la terre.
Très tôt, il cultive déjà le jardin avec ses parents. Cette relation intime à la nature ne le quittera plus. Elle deviendra le fil conducteur d’un parcours singulier, où l’attention portée aux êtres humains rejoint naturellement celle portée aux plantes, aux sols, aux paysages.
Formé à plusieurs approches du soin — kinésithérapie, ostéopathie, médecine chinoise — il a également participé, il y a plusieurs décennies, à la création d’un des premiers hôpitaux de médecine holistique en Europe. Une démarche visionnaire à une époque où ces approches étaient encore marginales.
Mais c’est sur la terre que son travail prend une dimension particulièrement remarquable.
Avec Babeth, il s’installe dans l’Hérault, sur un lieu qui deviendra les Jardins d’Escoubilles — également connu sous le nom d’Oléaterre, ou « La ferme qui soigne ». Là, sur une ancienne carrière de pierre, ils entreprennent un travail de transformation radical : faire renaître la vie là où elle semblait absente.
Aujourd’hui, ce lieu est devenu une véritable oasis.
On y trouve plus de 1500 oliviers, issus de plus de 500 variétés différentes, mais aussi une diversité exceptionnelle de fruitiers : figuiers, vignes, grenadiers… Un travail patient de sauvegarde de la biodiversité, mené depuis des années, souvent sans soutien institutionnel, mais avec une constance et une vision rares.
À travers son engagement, Raphaël Colicci contribue à préserver des variétés anciennes et à relancer des cultures adaptées au changement climatique. Il est notamment à l’origine de projets de replantation et de diversification, comme le développement récent de la filière pistache en France.

Son travail dépasse largement ce lieu. Il intervient également dans des projets de restauration écologique à grande échelle, notamment en zones désertiques, où il a développé des techniques permettant de recréer des oasis et de faire reculer la désertification.
C’est dans ce contexte qu’est née l’huile omphacine, élaborée à partir d’olives récoltées très précocement, selon un savoir-faire précis, au croisement de l’agronomie, de la tradition et de la recherche.
Cette huile, recommandée par France Guillain dans ses ouvrages, s’inscrit dans une approche globale du vivant, où l’alimentation, la terre et le soin ne sont jamais dissociés.
Ce qui caractérise Raphaël Colicci, au-delà de l’ampleur de son parcours, est une cohérence profonde : celle d’une vie consacrée à comprendre, préserver et accompagner le vivant — sous toutes ses formes.